C'est pas mon idée !

dimanche 23 avril 2017

Une plate-forme pour un autre système financier

Token
Loin de leurs promesses initiales de transformer les échanges monétaires du quotidien, les crypto-devises (bitcoin, Ethereum…) sont aujourd'hui principalement utilisées à des fins spéculatives. Afin de les rendre à leur vocation d'origine, Coinbase prépare une plate-forme ouvrant la voie vers un nouveau système financier mondial.

Directement inspirée par le succès des solutions de paiement alternatives qui éclosent aux quatre coins de la planète, et plus particulièrement par la chinoise WeChat, Token combine au sein d'un logiciel mobile une messagerie instantanée sécurisée, un porte-monnaie mobile Ethereum et un socle universel (similaire à un navigateur web) capable d'accueillir des applications complémentaires indépendantes. Son ambition est simple : apporter au reste du monde les recettes de l'inclusion financière qui ont conquis des centaines de millions de citoyens chinois, kenyans ou indiens.

Le cœur de Token, propulsé par Coinbase, est donc un instrument de paiement en Ether (préféré à bitcoin pour minimiser les coûts de transaction, notamment sur les échanges de petits montants) autour duquel les développeurs intéressés ont toute liberté de bâtir des produits et services additionnels, sous la forme d'applications web ou de « chatbots » intégrés avec le porte-monnaie mobile. De plus, la réputation des utilisateurs est suivie au fil de leurs opérations, de manière à instaurer un modèle de confiance.

Par rapport aux solutions disponibles ici et là, Token se vante d'une ouverture sans égale. Ainsi, outre les opportunités offertes aux développeurs externes, exclusivement à travers des protocoles publics (sinon standards), l'application mobile est elle-même publiée sous une licence libre. Par ailleurs, l'adoption d'une crypto-devise comme unité de paiement sous-jacente laisse entrevoir la possibilité d'une plate-forme bancaire nativement transnationale, effaçant toutes les frictions habituelles des frontières.

Token

Pour l'instant, Token n'est proposé que dans une pré-version destinée aux développeurs, opérant sur un réseau Ethereum de test (ne faisant donc intervenir aucun échange monétaire réel). Au vu des enjeux visés, il est en effet indispensable de s'assurer de la viabilité du concept et de l'appétence des futurs utilisateurs. Cependant, le rythme de développement est soutenu, avec une mise à jour hebdomadaire. Un déploiement élargi, sur une infrastructure de production, est évoqué pour « les prochains mois »…

Derrière une approche de plate-forme de services financiers qui commence doucement à se répandre dans le secteur, la vision des géniteurs de Token est originale dans son aspiration à faciliter le développement et la mise à disposition de nouvelles applications, grâce à des technologies ouvertes et simples à appréhender. Selon cette logique, il n'est pas suffisant de penser à l'inclusion bancaire des populations fragiles, il faut aussi leur donner les moyens de créer elles-mêmes les solutions adaptées à leurs besoins.

L'initiative de Coinbase est extrêmement séduisante, autant par ses ambitions que par sa méthode. Il restera toutefois à voir si elle est susceptible de capter l'audience permettant de concrétiser le rêve qu'elle porte. Là réside également le nœud de la généralisation des crypto-devises dans le commerce traditionnel et il n'est hélas pas certain que l'insertion d'une messagerie instantanée dans un porte-monnaie mobile parvienne à le démêler.

samedi 22 avril 2017

Une Orange (Bank) pas tout à fait mûre

Orange Bank
Orange organisait cette semaine un grand show dont une des vedettes était sa future banque. Les quelques détails fournis à cette occasion me laisse toujours perplexe : en dépit de quelques idées intéressantes, l'ensemble continue à donner l'impression de n'être qu'une offre comme les autres, assortie de promesses toujours reportées à plus tard…

Le malaise commence d'emblée avec la date de lancement officielle, repoussée (une fois encore) au 6 juillet. Certes, les premiers clients seront accueillis dès le mois de mai – conformément aux communications précédentes, alors qu'il était initialement question du début 2017 – mais ce ne seront que des collaborateurs d'Orange. Les mauvais esprits pourraient en outre insinuer que le choix d'attendre l'été permettra d'éviter un rush de demandes, laissant entrevoir une certaine inquiétude quant à la montée en charge.

Quant à la solution, en quoi est-elle donc à la pointe de l'innovation ? Orange Bank vous proposera un compte courant, avec une carte de paiement, un pilotage en temps réel sur le smartphone, les transferts d'argent par SMS, le tout gratuit… enfin, presque. Cela vous rappelle quelque chose ? Oui, cela ressemble à N26 à son arrivée dans l'hexagone, à l'automne dernier, jusqu'aux conditions de gratuité (3 opérations par mois pour la française, 9 par trimestre pour l'allemande), assorties d'un tarif plus dissuasif (5 euros mensuels, contre 2,90 euros) si elles ne sont pas respectées…

Bien sûr, il existe des différences. Passons sur le chéquier (!) et le compte d'épargne (basique) rémunéré et arrêtons-nous sur le découvert autorisé. Difficile de voir là une grande rupture avec les banques historiques, une majorité de nouveaux entrants (dont N26) ayant plutôt tendance à privilégier une approche par le crédit à la consommation, qui possède l'avantage de la transparence, si importante de nos jours : la souscription d'un emprunt est un acte volontaire, réalisé avec toutes les informations en main, contrairement au découvert, dont la facilité d'accès se mue rapidement en piège.

Autre originalité d'Orange Bank (loin d'être inédite, toutefois), ses clients pourront interagir par tchat avec leurs finances personnelles, via un assistant virtuel. Motorisé par la technologie Watson d'IBM, il est vanté comme capable d'apprentissage, au fil de ses conversations, afin d'améliorer sa pertinence et de personnaliser la relation. Le principe semble séduisant, si ce n'est que l'ambition affichée de rendre possible les transferts d'argent par ce moyen à la fin de l'année le rend un peu trivial : aujourd'hui, c'est surtout de conseil avancé que les clients ont besoin, pas d'aide avec leurs transactions.

Orange Bank

En arrière-plan, les contradictions et autres approximations sont tout aussi dérangeantes. Par exemple, l'affirmation qu'Orange Bank est conçue d'abord pour le mobile n'est supportée par aucune réalité. Outre les services qui, on l'a vu, restent très classiques (même en incluant le paiement via smartphone), ses fondations techniques reposent, selon la rumeur publique, sur le progiciel de SAB (comme le Compte Nickel…), qui, quelles que soient ses qualités, est loin de constituer une base de banque mobile.

Plusieurs dirigeants (dont son directeur général, André Coisne, dans la vidéo ci-dessous) répètent à l'envi qu'Orange Bank collabore étroitement avec les meilleures startups – ce qui serait une excellente idée, comme le démontrent, encore, N26 et sa capacité à ajouter rapidement de nouveaux produits à son catalogue. Pourtant, c'est IBM qui propulse son assistant virtuel, c'est une PME plutôt traditionnelle qui fournit le cœur de système, c'est (autre on-dit) Capgemini qui réalise l'intégration… Ce ne sont pourtant pas les jeunes pousses crédibles qui manquent (en Europe) pour créer une offre innovante !

Viennent ensuite les (inévitables ?) déclarations d'« agilité », ou la capacité de la nouvelle banque à déployer continuellement les produits et services que les clients demandent, et qui seront développés avec eux. Malheureusement, l'attente de 18 mois (dont presque 6 de retard, au total) pour la livraison du premier lot de fonctions et le renvoi à 2018 (sans plus de précisions) de l'introduction au catalogue de solutions de crédit et d'assurance n'incitent pas particulièrement à l'optimise en termes de réactivité et de flexibilité.

En synthèse, malgré toutes les assertions de l'opérateur, Orange Bank n'apparaît résolument pas comme une révolution pour le secteur bancaire français. Il semble même dépassé quand il oublie le principe fondamental qui guide aujourd'hui toutes les tentatives de transformation « digitale » de ses concurrents : l'obsession du client. Ici, il est principalement question de l'obsession du mobile (et éventuellement d'agent intelligent), sans que soit évoquée la proposition de valeur distinctive pour le consommateur.

vendredi 21 avril 2017

La petite monnaie dans le viseur de la Corée

Bank of Korea
L'éradication de l'argent liquide est un rêve plausible mais probablement encore fort lointain pour les économies modernes. Afin d'initier le mouvement, la Corée du Sud présentait en décembre dernier un plan [PDF] visant d'abord à réduire l'usage des pièces de monnaie. La première étape devait en être officiellement lancée cette semaine.

Dans (presque) tous les pays du monde, en dépit de la croissance continue du recours à des moyens de paiement électroniques, depuis les cartes bancaires jusqu'aux porte-monnaie mobiles, les espèces sonnantes et trébuchantes continuent à régner sur une bonne part des échanges financiers, notamment dans les petits commerces. Cette situation crée une forme d'exclusion, en particulier au sein des populations les plus fragiles, presque imperceptible alors qu'elle induit des coûts sociaux considérables.

La banque centrale de Corée a donc décidé de s'attaquer au problème en commençant par les pièces de monnaie, après avoir mené une enquête auprès d'un échantillon de consommateurs grâce à laquelle elle a vérifié qu'une majorité d'entre eux était favorable à leur disparition. Cependant, consciente de l'ampleur de la tâche, plutôt qu'un retrait total, elle vise surtout à instaurer un cycle vertueux de réduction progressive de leur utilisation, en capitalisant sur les infrastructures de paiement existantes.

Pour initier le changement, c'est une expérimentation qui est mise en œuvre dans quelques-unes des plus grandes chaînes d'épiceries de quartier (« convenience stores ») et de grands magasins du pays. Il s'agit de proposer aux clients réglant leurs achats en espèces de recevoir leur monnaie sous forme de crédit sur une carte prépayée. L'avantage de la solution réside dans son utilisation des terminaux de rechargement déployés depuis longtemps dans les boutiques concernées, qui figurent aussi parmi les lieux où les consommateurs sont le plus susceptibles de payer en liquide.

En revanche, le parcours client, tel qu'il est conçu à ce stade, risque de constituer un sérieux obstacle à l'adoption, ce qui est regrettable puisqu'un enjeu pour les commerçants serait de simplifier le rendu de monnaie. Là, il faudra qu'ils composent avec une procédure dans laquelle, après confirmation de son accord, le client (ayant préalablement payé ses emplettes) fournit les coordonnées de la carte, sur laquelle le caissier doit ensuite enregistrer l'opération de chargement… Heureusement, la banque centrale invite les acteurs impliqués à profiter du pilote pour imaginer et tester d'autres méthodes.

L'initiative sera activement promue dès cette phase expérimentale, de manière à en assurer la notoriété auprès de la population, et son évolution sera suivie attentivement pour déterminer les suites à lui donner. Si les résultats s'avèrent satisfaisants, le programme sera étendu, entre 2018 et 2020, à la fois en termes de couverture (c'est-à-dire le nombre de magasins) et de fonctions. Il est ainsi envisagé, entre autres, de décliner le concept pour permettre un virement de la monnaie sur un compte courant (ce que les coréens tendent à préférer, selon le sondage).

Avec ce calendrier, l'ambition de la Banque de Corée est de rendre la gestion des flux plus efficace dans l'ensemble de la chaîne de valeur. Pour les consommateurs, en leur évitant de stocker et manipuler des pièces et en développant les usages des instruments modernes. Pour les institutions financières, en limitant les besoins de prise en charge de la monnaie dans leurs réseaux. Pour la banque centrale elle-même, enfin, qui espère abaisser ses coûts de production (l'équivalent de 44 millions d'euros en 2016)…

Pour référence, l'expérimentation coréenne rappelle le modèle de la jeune pousse canadienne ChangeJar, qui a retenu un équilibre sensiblement différent entre expérience client (un peu plus fluide) et équipement dédié…

Bank of Korea

jeudi 20 avril 2017

Une tirelire pour appréhender l'intangible

ASB
Alors que les futurologues promettent la disparition de l'argent liquide à plus ou moins brève échéance, les conséquences de cette tendance inéluctable sur l'éducation financière – notamment des enfants – vont devoir être sérieusement prises en compte. La banque néo-zélandaise ASB adopte dans ce but une approche hybride prometteuse.

Avant même que les prédictions ne se réalisent, l'enjeu est déjà considérable et il devient extrêmement urgent de s'en préoccuper. En effet, les usages subissent actuellement une mutation majeure qui, de plus en plus, rend l'argent invisible. La carte bancaire a depuis longtemps estompé le « choc » du montant des achats, sa transition sur un support banalisé (le smartphone) commence à dissoudre l'acte lui-même. Et maintenant le paiement s'apprête à se fondre dans un parcours totalement transparent…

Face à cette évanescence, les consommateurs – en particulier les plus fragiles – rencontrent d'immenses difficultés à gérer sainement leur budget. Que dire alors de la formation des enfants ? Le sujet n'a jamais été facile à traiter, il se transforme désormais en casse-tête. Il faut pourtant bien préparer les générations montantes à un avenir dans lequel l'argent sera devenu un concept entièrement virtuel, dont la seule réalité est représentée par des chiffres, des graphiques et des alertes sur le téléphone…

ASB Clever Kash

Afin de relever le défit, ASB a imaginé « Clever Kash », un dispositif combinant les standards modernes de l'argent dématérialisé avec quelques éléments qui le rendent un peu plus concret. Il comprend donc, d'un côté, un compte d'épargne classique et, de l'autre, un petit éléphant jaune connecté, faisant office de tirelire « digitale ». Quand les parents donnent quelques dollars à leur enfant, depuis l'application mobile de la banque, ils lui prêtent leur téléphone pour lui permettre de déplacer (à l'écran) les pièces correspondantes vers son éléphant, qui affiche alors le total de ses économies.

Pendant la période de préparation de son offre, ASB a voulu valider l'appétence de ses clients pour l'idée. Le succès a été immédiat – il ne lui a fallu que quelques jours pour enregistrer 10 000 expressions d'intérêt –, confirmant sans ambiguïté l'existence d'un véritable besoin. Cinq mois après son lancement, 30 000 enfants ont été conquis par l'éléphant jaune (distribué gratuitement, il est vrai) et apprennent ainsi, gestes à l'appui, quelques principes de base de l'épargne, sous une forme ludique et attractive.

Quelques expérimentations de tirelire connectée ont vu le jour par le passé (par exemple par Société Générale et les Banques Populaires) mais « Clever Kash » est non seulement une des seules à être réellement déployées mais elle est, de surcroît, plus convaincante sur sa dimension pédagogique. Il restera néanmoins à vérifier si la méthode retenue porte ses fruits et si les enfants qui l'utilisent acquièrent effectivement des connaissances financières utiles. En attendant, il faut saluer une démarche essentielle et salutaire…

ASB a obtenu un prix d'innovation CANSTAR pour « Clever Kash », qui donne l'occasion d'un article fournissant quelques détails supplémentaires sur l'initiative.

mercredi 19 avril 2017

Le retour du développement sans code

Robot
Depuis presque aussi longtemps que j'ai débuté dans l'informatique, j'entends les promesses – jamais tenues – du développement sans code, accessible aux néophytes de la programmation logicielle. Après les vagues AGL, L4G et autres MDD, sa dernière incarnation se dénomme « low code ». Faut-il donc y croire, cette fois ?

Les raisons de l'engouement pour le renouvellement de cette tendance reprennent des arguments connus – désir d'autonomie, exaspération face aux délais et aux coûts des projets traditionnels, capacité de persuasion des sirènes éditeurs… – auxquels s'ajoutent désormais des préoccupations plus globales. En particulier, l'intrusion massive du logiciel au cœur de toutes les activités de l'entreprise induit des besoins de talents qu'il devient de plus en plus difficile de satisfaire dans un contexte de pénurie généralisée.

En parallèle, les conditions se sont faites plus favorables au développement d'applications en dehors du cadre standardisé de la DSI. Bien sûr, les outils spécialisés n'ont jamais cessé d'évoluer, notamment pour la création d'interfaces graphiques, web et mobiles. Mais, surtout, l'introduction d'API au sein des systèmes d'information – initialisée avec les plates-formes hébergées dans le cloud – ouvre (très) progressivement la voie à des approches véritablement intégrées avec les métiers de l'entreprise.

Il faut souligner, en outre, que les tenants du « low code » se sont passablement assagis par rapport à leurs prédécesseurs. Ainsi, il n'est plus vraiment question d'éliminer tout effort de programmation ni de cibler toutes sortes de logiciels. Au contraire, il est plus ou moins admis aujourd'hui que ce sont des solutions relativement simples – formulaires de saisie, applications mobiles basiques, prototypes… – qui peuvent être conçues et réalisées sans nécessiter le recours à des professionnels chevronnés… et débordés.

Tous les facteurs convergent ainsi vers l'émergence des « développeurs citoyens », ces employés qui, bien que ce ne soit ni leur métier ni leur mission, prennent leurs problèmes logiciels à bras-le-corps, apprenant par eux-mêmes à réaliser les outils dont ils ont besoin pour faciliter leur quotidien. Pour connaître les responsables informatiques des institutions financières, j'imagine que la plupart d'entre eux lèvent les bras au ciel en psalmodiant « pas de ça chez nous, pas de ça chez nous… ». Il faudra pourtant s'y faire.

Comme avec les autres tendances à la prise d'autonomie des utilisateurs (BYOD – « Bring Your Own Device » – et BYOA – « Bring Your Own Application »), toujours aussi conflictuelles dans la plupart des grands groupes, le mouvement est irréversible, du moins tant qu'aucune alternative n'est proposée. Or il est difficile d'imaginer comment les DSI, dont 70 à 80% des ressources sont consacrées à faire fonctionner l'existant et qui ont de plus en plus de difficultés à recruter, pourraient apporter une réponse.

Il ne faut pourtant pas idéaliser le phénomène des « développeurs citoyens » car il a également ses limites. Risques de sécurité, dérives éthiques, difficultés à assurer la maintenance et à supporter des évolutions, fragilité des applications… ne peuvent être écartés. Alors, plutôt que de faire l'autruche, en croyant que la vague peut être stoppée, les responsables doivent définir les politiques applicables, dont, entre autres, les périmètres de mise en œuvre acceptables et les contraintes essentielles à respecter, sans étouffer les initiatives qui soulageront utilement la pression actuelle sur les DSI.

Développement logiciel

mardi 18 avril 2017

La cyber assurance se développe

AIG
Apparue il y a quelques années avec la montée rapide des menaces pesant sur la vie numérique des consommateurs, la cyber-assurance s'enrichit progressivement de protections additionnelles. Aux États-Unis, la nouvelle offre « Family CyberEdge » d'AIG, destinée à une clientèle nantie, comprend ainsi plusieurs caractéristiques originales.

Si les premiers contrats du genre, souvent d'abord proposés aux entreprises et aux professionnels, couvraient les risques d'e-réputation, aussi déclinés sur le harcèlement des personnes, AIG ajoute au sien les dernières tendances du crime en ligne, dont, par exemple, la crypto-extorsion (consistant à chiffrer les documents de la victime et exiger une rançon pour les restaurer). Les mesures de remédiation offertes sont également en progrès sensible, dépassant largement l'habituelle gestion de crise – prise en charge par un partenaire spécialisé – et de simples capacités de restauration de données.

Le cyber-harcèlement, en particulier, bénéficie de services sophistiqués, tels que l'indemnisation d'une éventuelle perte d'emploi, les consultations psychiatriques (pendant un an), les frais de relocalisation temporaire… Possibilité potentiellement polémique (il n'est jamais recommandé de céder au chantage) mais néanmoins rassurante pour les assurés, dans les cas d'extorsion de fonds, la compagnie peut assumer le remboursement de la rançon (après qu'elle ait donné son accord au versement, toutefois).

Un volet de l'offre « Family CyberEdge » est en outre consacré à la prévention, considérée comme cruciale, tant les internautes sont loin, aujourd'hui, d'avoir acquis les réflexes fondamentaux de la cyber-sécurité. Le contrôle régulier des installations (ordinateurs, réseau domestique, accès internet…) par des experts, des actions de sensibilisation auprès des membres de la famille, une surveillance active du web afin de détecter des fuites d'informations personnelles… font notamment partie de la panoplie.

Produit émergent, la cyber-assurance n'en a pas moins vocation à devenir incontournable dans un monde où convergent, d'un côté, l'emprise croissante des outils numériques sur la vie quotidienne des consommateurs et, de l'autre, la prolifération de la cyber-criminalité (qui lui est plus ou moins directement reliée). Elle présente cependant une difficulté spécifique pour les compagnies, dans le sens où elle devra évoluer très vite, au rythme des nouvelles typologies de menaces, susceptible de naître à tout moment. AIG en donne un exemple mais il n'est pas une fin, loin de là.

AIG

lundi 17 avril 2017

Le grand marché des données s'organise

Visa
Les préparatifs en vue de la grande révolution des données ont commencé ! Les géants du web sont naturellement en première ligne, mais les institutions financières entendent tirer leur épingle du jeu. Alors Visa engage une collaboration avec Amazon afin de capter et commercialiser des informations enrichies sur les achats d'entreprise.

Annoncée simultanément aux États-Unis et au Royaume-Uni, la nouvelle offre conjointe consiste à transmettre aux banques émettrices des données détaillées sur les transactions réalisées sur la plate-forme d'e-commerce professionnelle Amazon Business. Déjà adoptée par Bank of America, Citi et PNC Bank d'un côté de l'Atlantique ainsi que Barclaycard, Citi, HSBC et Lloyds Bank de l'autre, elle permet à ces établissements de faciliter, pour leurs entreprises clientes, la gestion des achats en ligne.

Quand les relevés bancaires se contentent de fournir un montant total et un nom de marchand, le traitement comptable des dépenses, essentiellement manuel, peut se transformer en cauchemar. Avec la solution de Visa, toutes les caractéristiques utiles sont désormais incluses : liste d'articles, prix unitaires, quantités, dates de commande et de livraison, frais de port, taux et montants de TVA… Ces informations peuvent être intégrées directement dans les logiciels de gestion, pour réconciliation automatique.

Visa - Amazon Business

Voilà pour la présentation officielle. Mais il ne faut pas être naïf, l'ensemble des acteurs de la chaîne de valeur sont en train de prendre position sur le très prometteur marché de la donnée. Amazon en fait une exploitation extrêmement puissante et efficace depuis très longtemps, il lui restait à explorer les possibilités de les vendre. Visa, de son côté, se trouve dans une ère de transition sur son métier historique et peut aisément voir son rôle d'intermédiaire s'étendre des paiements vers d'autres types d'informations.

Les banques, enfin, comprennent progressivement la valeur des données dont elles disposent sur leurs clients et, au fil des usages qu'elles apprennent à en faire, elles se rendent compte de l'effet démultiplicateur que peut produire l'ajout de sources complémentaires. L'analyse des transactions est, en ce sens, représentatif : tout en ayant une perspective à (presque) 360° sur les dépenses, elles n'ont pas accès au niveau de profondeur que possèdent les commerçants avec le détail des tickets de caisse.

Les enjeux sont considérables : plus elles sont complètes, plus les données amassées permettront de mieux connaître les clients, de prédire leurs attentes, de leur proposer des produits et services au moment précis où ils en ont besoin… L'initiative de Visa avec Amazon n'est qu'une étape, notamment dans le choix de sa cible, les comptes professionnels présentant moins de risques en termes d'éthique et de perception d'intrusion dans la vie privée. Les habitudes d'achats des consommateurs constitueront le prochain objectif, suscitant l'émergence d'un marché florissant.

dimanche 16 avril 2017

La position équivoque de Swift sur la sécurité

Swift
Depuis le cyber-braquage dont a été victime la banque centrale du Bangladesh l'année dernière, Swift, opérateur de la messagerie qui en a été le vecteur principal, alterne rejet de sa responsabilité et introduction de nouvelles mesures de sécurité. Parmi ces dernières, arrive maintenant une solution de détection de comportements anormaux.

Après la mise en œuvre de mesures de protection ciblant principalement les accès au réseau, il s'agit de la première initiative permettant aux utilisateurs de Swift de définir des règles de fonctionnement destinées à écarter des tentatives de fraudes sur les paiements en transit. Bien que soit évoqué un apprentissage des habitudes d'usage, il semblerait que les mécanismes proposés soient assez basiques, de l'ordre du filtrage de destinataires ou d'horaires « normaux », sous le contrôle direct des clients.

Son ambition limitée est peut-être due au fait que le dispositif s'adresse avant tout aux « petits » établissements connectés au réseau, environ 3 000 institutions financières (sur quelques 10 000 utilisateurs au total) qui n'ont pas nécessairement les moyens (ou pour lesquels il serait démesuré) de déployer leur propres moyens de lutte contre la fraude. Sur le principe, la démarche est donc raisonnable et devrait permettre d'éviter que ne se reproduise les incidents qui ont émaillé l'actualité depuis 2016.

Swift Customer Security Program

Il faut pourtant mettre un bémol à la satisfaction de voir le problème de fraude enfin affronté, car la nouvelle solution – dont le déploiement n'interviendra pas avant un an – sera une offre commerciale, qui, selon l'Agefi, pourrait être facturée 10 000 à 20 000 euros par an. Ce montant n'est probablement pas très élevé en regard des budgets moyens des connexions Swift (même pour les clients modestes) et il peut paraître normal que le fournisseur tente d'amortir ses coûts de développement et de fonctionnement.

Hélas, le message qu'envoie ainsi l'opérateur, implicitement, est que la sécurité est optionnelle, ce qui non seulement est contre-productif pour les usagers mais représente également une manière assez cynique pour Swift d'écarter sa propre responsabilité en cas de futurs incidents. L'organisme n'a pas l'exclusivité de ce genre d'attitude (les réseaux de paiement en sont adeptes), mais on aimerait que les priorités soient mieux gérées : prendre au sérieux les cybermenaces commande de mettre en place toutes les protections possibles, sans réserve, y compris sur les maillons les plus faibles.

samedi 15 avril 2017

Chip veut « augmenter » la banque

Chip
Lors de son lancement à l'automne dernier, Chip se présentait comme un simple assistant mobile d'épargne automatique. Il a cependant vocation à s'enrichir progressivement de fonctions additionnelles, avec l'ambition, à terme, d'en faire un complément utile, intelligent et transparent aux services fournis par les banques.

Au cœur de cette stratégie, le nouveau domaine auquel s'attaque désormais la startup est celui des découverts autorisés, dont il faut reconnaître qu'il constitue en effet une cible facile, tant il est simultanément une source de revenus non négligeable pour les établissements traditionnels et un produit potentiellement dangereux pour les consommateurs. Le plan de bataille de Chip sur ce terrain est tracé : il se déroulera en deux vagues successives, jusqu'au déploiement d'une offre de crédit, en juillet.

La première phase peut sembler incohérente, puisqu'il s'agit de permettre aux utilisateurs de l'assistant financier de continuer à mettre de l'argent de côté quand leur compte courant est à découvert. Il existe pourtant plusieurs bonnes raisons de favoriser ce comportement. Tout d'abord, il est important, d'un point de vue psychologique, de créer et alimenter régulièrement une réserve dans un compte séparé, aussi modeste soit-elle, afin de préparer un projet futur ou, plus trivialement, faire face à un imprévu.

Par ailleurs, il ne faut pas négliger le cas où le découvert autorisé est gratuit (ce qui s'avère fréquent pour les étudiants britanniques) : si l'épargne est rémunérée (jusqu'à 5%, en l'occurrence), il serait dommage de se priver d'une opportunité d'accumuler des intérêts. Mais la motivation fondamentale de Chip avec l'ajout de cette option réside ailleurs. Son objectif consiste avant tout à permettre à ses victimes de s'extraire du piège du découvert récurrent (que les banques se gardent bien de décourager).

Dans ces circonstances, l'agent intelligent de la jeune pousse va ainsi mettre en place une stratégie adaptée, toujours automatisée. En premier lieu, il prélève chaque mois l'équivalent du dépassement de budget moyen, de manière à éviter d'aggraver la situation. Dans un second temps, il augmente progressivement la réserve afin de résorber entièrement le déficit accumulé. En outre, il affiche en permanence le montant du découvert et son coût réel, à l'inverse des banques qui tendent à le présenter comme une somme disponible, dont il est tentant de profiter sans réfléchir aux conséquences.

La prochaine étape de la démarche est déjà proposée aujourd'hui en version « beta » : l'option « Smart Credit » renfloue les finances personnelles de l'utilisateur dès qu'elles passent dans le rouge, en lui allouant un emprunt instantané de 100 livres, à des conditions plus avantageuses que celles offertes par les banques sur les découverts. De plus, dans ces circonstances, l'assistant interactif prend automatiquement en charge les remboursements – exactement comme il s'occupe de l'épargne – en ponctionnant ponctuellement le compte courant lorsque sa situation le permet.

Chip esquisse une approche de désintermédiation intéressante, à mi-chemin entre la néo-banque et la plate-forme d'agrégation de services, que TechCrunch qualifie de « plugin bancaire » : elle se greffe sur les comptes existants pour en corriger les défauts et en combler les lacunes. La jeune pousse peut de la sorte porter son attention sur les douleurs les plus sensibles des consommateurs et, potentiellement, les domaines les plus rentables de la finance personnelle, sans gaspiller son énergie à bâtir une offre complète.

Chip sur iPhone

vendredi 14 avril 2017

Android Pay est l'ami des banques

Android Pay
Sans abandonner son propre porte-monnaie virtuel, Google propose dorénavant aux banques d'intégrer Android Pay au sein de leurs applications mobiles. Voilà encore un coup magistral dans l'âpre bataille que se livrent tous les acteurs du m-paiement pour la conquête de la suprématie dans le cœur (et les habitudes) des consommateurs.

Elles sont pour l'instant 5 institutions financières dans le monde à avoir implémenté la nouvelle possibilité – Bank of America, USAA et Discover aux États-Unis, mBank en Pologne et BNZ en Nouvelle-Zélande – mais Google prévient que d'autres suivront prochainement. Pour elles, il n'est plus nécessaire d'installer Android Pay sur son smartphone afin de profiter du paiement sans contact, puisque la fonction est maintenant présente (avec toutes ses options) dans leurs applications mobiles bancaires respectives.

La première vertu de cette intégration est de rassurer le client. Procéder à l'activation d'Android Pay et sélectionner la carte sur laquelle les achats seront imputés dans un outil fourni par la banque est beaucoup moins inquiétant, en tous cas pour une partie des consommateurs, que de manipuler des informations sensibles dans un environnement aux couleurs de Google. La capitalisation sur la confiance naturelle envers la sécurité des institutions financières peut constituer un facteur de stimulation de l'adhésion.

Android Pay

Le deuxième mérite de l'approche résonnera plus particulièrement aux oreilles des banques. En effet, celles-ci se voient offrir une opportunité de conserver – voire renforcer – les contacts avec leurs clients, alors que tous les porte-monnaie virtuels du marché tendent plutôt à les faire disparaître. Le recours à leur application mobile pour gérer les paramètres de paiement leur permet de contrôler le périmètre d'utilisation d'Android Pay (évitant, par exemple, l'exposition à des marques concurrentes), tout en leur procurant quelques occasions supplémentaires d'interaction.

Dans ce registre, le contraste avec Apple Pay et sa vision totalement fermée est particulièrement flagrant. Il est difficile de ne pas croire que Google s'inscrit de la sorte dans une véritable démarche de séduction, destinée à conquérir toujours plus de partenaires. Avec l'incitation à l’enrôlement des consommateurs via leur banque, ce sont ainsi deux paramètres importants de l'équation du paiement via mobile qui sont adressés. Malheureusement, il subsiste le plus problématique : l'usage dans la vie quotidienne…

jeudi 13 avril 2017

CommBank prépare l'ère quantique

CommBank
L'informatique quantique est encore dans un état embryonnaire mais les progrès de la recherche laissent entrevoir une arrivée sur le marché d'ici une dizaine d'années. Or les enjeux sont tellement considérables que certains acteurs commencent à se préparer à cette révolution, aussi lointaine soit-elle. L'australienne CommBank fait partie de ceux-là.

En renversant totalement les fondements mêmes de l'informatique telle qu'on la connaît depuis sa naissance, le premier défi des futurs ordinateurs quantiques sera d'apprendre à les dompter. En effet, quand la logique binaire – les 0 et les 1 représentant toute donnée numérique – sera remplacée par une approche dans laquelle l'« unité » d'information porte simultanément une multitude de valeurs comprises entre 0 et 1 (associées aux états quantiques d'un atome), les habitudes des développeurs devront évoluer !

En contrepartie, cette même caractéristique ouvre la perspective d'une puissance de calcul sans commune mesure avec celle dont sont capables les technologies actuelles (en tous cas pour certains types de traitements). Ces capacités arriveront à point nommé pour prendre en charge la croissance exponentielle des besoins d'analyse de données – en temps réel et sur des volumes toujours plus importants – et des applications de l'intelligence artificielle qui régneront demain sur notre vie quotidienne.

Les usages possibles sont faciles à identifier dans tous les domaines, des prévisions météorologiques (plus précises et à plus long terme) à la conception de médicaments personnalisés en fonction de l'ADN du patient, en passant, naturellement, par les services financiers. Pour ne citer qu'un exemple dans ce registre, une évaluation dynamique des risques, appliquant de nouveaux modèles d'analyse sur d'innombrables sources de données, est susceptible de transformer les activités de crédit ou d'investissement.

On voit bien que les possibilités offertes par l'informatique quantique ont le pouvoir de créer les prochains leaders de la banque et de l'assurance. Alors, même si l'horizon est encore incertain (les plus optimistes parlent de 2025 ou 2030), il deviendra un jour crucial de disposer des logiciels et des compétences requises afin de participer à la grande bataille concurrentielle d'une nouvelle ère. Et le changement de point de vue nécessaire est suffisamment radical pour que CommBank estime utile de l'initier immédiatement.

À défaut de disposer d'un ordinateur quantique (dont elle finance aussi les recherches sur sa conception), la banque a donc développé, avec un partenaire (QxBranch), un simulateur qui lui permettra non seulement de former ses premières équipes de développeurs mais également de créer et valider des logiciels adaptés. Son ambition est, tout simplement, d'être prête, le jour où le matériel est enfin disponible, à déployer ses nouvelles solutions et multiplier instantanément sa performance par 10 ou par 100.

La démarche est extrêmement audacieuse, et résolument atypique dans un secteur où les projections à long terme, surtout sur le terrain des technologies, sont loin d'être la norme. Elle ne surprend pas vraiment de la part de CommBank, dont la stratégie est souvent en pointe, et cette initiative devrait même être considérée comme un signal d'attention par les banques plus suiveuses. Or, il se trouve que ces dernières peuvent trouver un succédané grâce aux efforts que poursuit IBM de son côté.

CommBank

mercredi 12 avril 2017

L'analyse de données réservée aux banques ?

Bank Innovation
Voilà une position intéressante que celle que prend le vice-président du génie logiciel de Capital One dans les colonnes de Bank Innovation, selon laquelle les institutions financières seraient mieux placées que les startups pour profiter des opportunités de l'apprentissage automatique en matière d'appréciation du risque de crédit.

L'argument retenu pour expliquer ce point de vue ne manque pas de bon sens : s'il ne fait aucun doute que les nouvelles techniques d'analyse de données (jusqu'aux promesses de l'intelligence artificielle, à terme) deviendront rapidement la clé de la distribution de crédit, les banques possèdent des dizaines d'années d'avance dans la connaissance et la compréhension profonde des mécanismes qui régissent les défauts et les incidents. Cet avantage resterait déterminant vis-à-vis de modèles mathématiques dont la validité ne peut être contrôlée sans disposer d'un vaste échantillon de clients.

Malheureusement, c'est avec une pointe de mépris que notre responsable rejette l'idée que quelques algorithmes appliqués sur le graphe social des consommateurs puissent un jour égaler les certitudes que procure l'étude des usages des cartes de crédit pour prédire les comportements futurs. À quoi s'ajoute l'inévitable recours à l'arme réglementaire pour justifier la quasi impossibilité pour de nouveaux entrants de s'emparer d'une partie du marché. Examinons donc le sujet avec un peu plus d'objectivité

La première objection qui peut être faite aux acteurs en place est que leur cible potentielle est restreinte. Pour une partie des jeunes pousses qui se lancent dans ce domaine (Lenddo en est un exemple), l'ambition est d'apporter le crédit à des populations qui n'y ont pas accès, faute d'historique suffisant. Il ne s'agit pas seulement de développer l'inclusion financière dans les pays émergents : quand les jeunes délaissent les circuits classiques, ils ont de plus en plus de difficultés à souscrire une carte de crédit et ne seront jamais servis par les approches conventionnelles du risque.

Un autre aspect de l'équation est la connaissance des clients. D'un côté, les banques, pour évaluer la fiabilité d'un demandeur, s'appuient essentiellement sur des agences de scoring et sur les données dont elles disposent (notamment les transactions). À l'opposé, l'accès aux comptes sur les réseaux sociaux est complété – au-delà de la caricature qu'en font les détracteurs des solutions alternatives – par une diversification des sources d'information (Kreditech, par exemple, utilise 20 000 points de référence) permettant de modéliser, puis déterminer, des typologies comportementales précises.

Face à de telles qualités, il est probablement prématuré d'écarter toute possibilité pour une startup de prendre l'avantage sur les établissements de crédit traditionnels. La bataille concurrentielle est beaucoup plus équilibrée et se jouera principalement sur la capacité des uns à adapter à la réalité du crédit et fiabiliser les algorithmes qu'ils conçoivent et des autres à exploiter des sources de données plus variées que celles auxquelles ils sont habitués. En outre, les deux mondes se rejoignent parfois quand des fournisseurs de solutions technologiques apportent l'expertise nécessaire aux banques…

Apprentissage automatique

mardi 11 avril 2017

Starling, toute une banque en API !

Starling Bank
Un mois à peine après son lancement officiel, la néo-banque britannique Starling tient sa promesse d'ouverture vers l'extérieur. À l'occasion d'un hackathon qu'elle organisait le week-end passé, elle vient en effet de mettre en ligne son portail d'API. Surprise : ce sont (presque) tous ses services qui deviennent de la sorte accessibles aux développeurs.

Pendant que la plupart des banques européennes continuent à traîner des pieds pour implémenter les exigences de partage des données de leurs clients qu'imposera l'entrée en vigueur de la directive DSP2 dans un peu plus d'un an, il existe donc au moins une startup (détentrice d'une licence en bonne et due forme) qui non seulement prend les devants sur l'échéance mais considère que la mise à disposition d'API est une extension naturelle de son modèle, qui doit nécessairement accompagner son développement.

Selon cette logique, il ne peut être question de limiter les interfaces publiées à quelques fonctions de base – l'interrogation du solde des comptes et des dernières transactions enregistrées que proposent les quelques rares pionniers des API. Pour Starling, toute la banque doit pouvoir être utilisée par l'intermédiaire de code informatique : l'exécution de transferts (immédiats et récurrents), la gestion (complète) des bénéficiaires de virements, la lecture et la suppression des mandats de prélèvements… Et ce qui n'est pas disponible aujourd'hui (par exemple les transferts internationaux) le sera prochainement.

L'approche est, bien entendu, parfaitement sécurisée. La jeune pousse a même conçu dans ce but un système à 5 niveaux de privilèges, destiné à offrir une protection graduée des opérations les plus sensibles : les solutions qui permettent la création de nouveaux bénéficiaires seront plus surveillées que celles qui se contentent de récupérer les détails des transactions passées. En dépit de ces précautions incontournables, un soin particulier est mis à rendre le dispositif aussi attractif que possible pour ses utilisateurs.

Starling Developers

Ainsi, comme avec Root, la « banque des développeurs » sud-africaine que je présentais il y a quelques jours dans ces colonnes, chaque client de Starling peut à tout moment mettre en œuvre ses réalisations (applications web ou mobiles) sur son propre compte bancaire. Un « bac à sable » plus classique, accessible sans réserve, est également disponible pour ceux qui n'auraient pas souscrit à l'offre de la startup ou qui voudraient tester leur solution avec un échantillon de comptes (fictifs) plus vaste.

Le passage à l'étape suivante est, sans surprise, un peu plus complexe. La mise en production des applications conçues par des tiers sera soumise à un processus de validation (sécurité oblige !) qui pourra prendre jusqu'à une dizaine de jours. Enfin, Starling complète sa démarche avec la création d'une place de marché spécialisée (une sorte d'AppStore privé), sur lequel les partenaires qui sauront retenir son attention verront leur solution promue directement auprès de l'ensemble de ses clients.

Et voilà, justement, où la néo-banque veut en venir. Dans le sillage de la première alliance du genre, conclue avec TransferWise (pour les transferts d'argent internationaux), elle porte, à l'instar de quelques-unes de ses consœurs, la vision d'une plate-forme ouverte, au sein de laquelle ses clients disposent – malgré sa jeunesse et ses modestes moyens – d'une offre étendue, intégrée, combinant avec les siens des produits et services fournis par des spécialistes capables de répondre aux besoins les plus variés.

lundi 10 avril 2017

La menace Facebook plane sur la banque

Facebook Messenger
Pour Facebook, il n'est décidément plus question de prendre position dans les paiements, du moins directement. La stratégie est désormais passée à une autre dimension et suit une progression implacable. Avec les nouvelles fonctions introduites dans son assistant virtuel « M », l'enjeu devient clair : rendre les transactions plus transparentes.

Déployées uniquement aux États-Unis, dans un premier temps, les « suggestions » viennent enrichir les capacités d'assistance que Facebook ajoute progressivement dans sa plate-forme Messenger. Ainsi, grâce à un soupçon d'intelligence artificielle, mâtiné d'apprentissage automatique pour accroître sa pertinence au fil du temps, « M » devient capable de prodiguer ses conseils spontanément, quand il détecte les conditions idéales pour une intervention de sa part, au détour des conversations de l'utilisateur.

Une envie de soirée entre amis ? « M » propose d'aider à son organisation. L'évocation d'un lieu à rejoindre rapidement ? « M » peut s'occuper de commander un chauffeur Uber ou Lyft. Une discussion à propos d'une dette à rembourser ? « M » se tient prêt à suggérer le meilleur moyen de la solder. Ce ne sont que quelques-uns des exemples possibles dès maintenant (si l'utilisateur y consent, naturellement). Bien d'autres possibilités pourront être ajoutées à l'avenir, dont beaucoup seront susceptibles d'impliquer des services financiers, au-delà des échanges d'argent entre particuliers.

Suggestions par Facebook M

La caractéristique commune à chacune de ces circonstances est que, sans être lui-même le fournisseur direct des services correspondants, Facebook en devient le prescripteur incontournable. Dans le cas des paiements, ce sera la solution intégrée à Messenger qui sera proposée, selon ses termes, et les autres acteurs potentiels n'auront plus accès qu'aux miettes du marché, avec, peut-être, les quelques « chatbots » qui échapperont à l'emprise du réseau social (et à la qualité de son expérience utilisateur).

Comme toujours face à une menace plus ou moins avérée de désintermédiation, les institutions financières soutiendront qu'elles n'ont pas lieu de s'inquiéter puisque ce sont leurs produits qui resteront utilisés par leurs clients, derrière les recommandations de l'assistant virtuel. Or, même en acceptant ce raisonnement, l'impact qu'elles subiront sera loin d'être nul, puisqu'elles seront mises en concurrence via un intermédiaire (Facebook) et non plus directement dans le portefeuille des consommateurs.

Mais il est une conséquence beaucoup plus importante de la prise de contrôle des interactions entre personnes par l'intelligence artificielle de Facebook. Celle-ci va en effet acquérir de la sorte une connaissance intime de l'individu, de ses préférences, de ses habitudes, de ses besoins, de son environnement… qui sera la clé du succès des entreprises de demain : celui qui détiendra les données sera le maître incontesté de la fourniture de services personnalisés et de la valeur ajoutée perçue par l'utilisateur…

dimanche 9 avril 2017

L'IA sera la nouvelle interface de la banque

Accenture
Aujourd'hui, évoquer la mutation du secteur financier est devenu une banalité. Les startups de la FinTech grignotent des parts de marché aux frontières de l'industrie, de nouveaux géants émergent rapidement en Asie, les « GAFA » (Google, Amazon, Facebook, Apple) tournent inlassablement autour des opportunités qui se dessinent…

Dans ce monde en pleine (r)évolution, Accenture dresse, avec son rapport « Banking Technology Vision 2017 », un état des lieux des grandes tendances du moment, inspiré par ses entretiens avec près de 600 cadres dirigeants d'institutions financières, dans 30 pays. Sans grande surprise, le thème central de cet ouvrage est l'importance, pour réussir la « digitalisation » de l'entreprise, d'orienter ses efforts technologiques vers l'humain – non seulement le client, bien sûr, mais également les collaborateurs.

Le constat initial se veut optimiste. Car, en dépit des menaces de disruption qui pèsent actuellement sur les différents métiers de la banque, les impacts réels restent limités : à l'exception, peut-être, de la Chine (avec Ant Financial, notamment), ni la FinTech ni les géants du web ne parviennent pour l'instant à imposer leurs modèles à grande échelle. Il reste donc une marge de manœuvre conséquente aux acteurs en place pour réagir, prendre en compte les besoins de changement et défendre leurs positions.

Un aspect particulièrement intéressant de l'ère qui s'ouvre est qu'elle dessine un territoire vierge, dans lequel les règles restent à écrire. Cette perspective permet, par exemple, d'appréhender les exigences réglementaires sous un angle entièrement nouveau. Ainsi, les pionniers, parfaitement conscients des défis de leur activité (sécurité, lutte contre la fraude, éthique…), sont-ils à même de prendre les devants et transformer ce qui est considéré comme une contrainte en un atout pour gagner la confiance des clients.

Plus dans le cœur du sujet, ce qui devrait désormais être une évidence, la banque doit repenser ses parcours clients de fond en comble, en reconnaissant qu'ils ne se déroulent plus entièrement dans ses « murs » (physiques ou virtuels). La première implication de cette vision est de l'ordre de la connaissance des besoins et des attentes des utilisateurs – qui doit passer par une meilleure utilisation des données disponibles – à partir de laquelle il faudra devenir capable de personnaliser l'expérience.

Banking Technology Vision 2017

Seconde conséquence, probablement encore plus difficile à prendre en compte, les services financiers seront de plus en plus fréquemment intégrés dans des systèmes échappant totalement au contrôle des banques. Dans ces conditions, les points de contact deviennent rares et laissent peu d'occasions d'émerveiller l'utilisateur et le fidéliser. Un des éléments de réponse face à une telle désintermédiation consiste à renforcer l'agilité des systèmes, de manière à faciliter leur adaptation permanente.

Sur le plan de la « main d'œuvre », la transformation des institutions financières amène presque automatiquement une transition vers les nouveaux modèles de travail. Autour d'un socle stable de collaborateurs, l'innovation requiert de faire appel régulièrement à des talents externes. Afin de mener à bien des projets ambitieux, rapidement, avec les meilleures chances de succès, il est certainement préférable d'accéder à l'immense réserve de connaissance, d'expertise et d'expérience disponibles sur le marché ouvert.

Enfin, la dernière tendance représente probablement la quintessence de la transformation en cours. En effet, quand l'intelligence artificielle deviendra, un jour, le cœur de l'interaction (avec les clients et les collaborateurs), l'expérience utilisateur pourra être réellement personnalisée et adaptée précisément à chaque contexte et besoin individuel. En attendant, les premiers tâtonnements dans l'automatisation des processus doivent maintenant évoluer vers la conception d'interfaces plus simples et plus efficaces, capitalisant sur l'apprentissage automatique pour offrir des services plus pertinents.

Toutes ces orientations pointent inéluctablement vers un avenir dans lequel la banque ne ressemblera plus jamais à celle que nous connaissons aujourd'hui. Or un aspect de ces changements, qui tend à être escamoté, est la variété des modèles que les innovations technologiques, entre autres, rendent possibles, comme l'illustrent déjà les établissements les plus avancés et les jeunes pousses de la FinTech. L'idée d'une cible unique, que tous les acteurs devraient viser, est obsolète. Les options sont largement ouvertes et la première étape de la transformation consistera donc à choisir une stratégie…

samedi 8 avril 2017

Rabobank crowdsource sa communication

Rabobank
Le recours à des concours d'idées et autres hackathons ouverts aux contributions externes afin d'imaginer et créer de nouveaux services est désormais solidement ancré dans les habitudes des institutions financières. Et si ces méthodes étaient également déclinées dans d'autres domaines ? Par exemple la communication institutionnelle ?

C'est, dans une certaine mesure, ce que fait aujourd'hui Rabobank, pour sélectionner l'équipe à qui elle confiera (en grande partie) la conception et la mise en œuvre de ses futures campagnes, internes et externes. Délaissant la tradition de l'appel d'offres formel destiné à choisir une agence spécialisée, la banque néerlandaise lance un concours totalement ouvert, dont le message d'appel est parfaitement clair : « imaginez que vous ayez l'opportunité de ré-introduire Rabobank aux Pays-Bas… au monde… ».

L'objectif de l'initiative est de recruter des personnes issues d'horizons variés – designers, publicitaires, graphistes, acteurs, musiciens, étudiants en communication, influenceurs sur les médias sociaux… – prêtes à s'investir collectivement dans une incarnation originale et non conventionnelle du positionnement stratégique de l'établissement (qui vient d'être re-défini). La seule obligation imposée à ceux qui souhaitent soumettre leur dossier est de constituer une « coalition », les candidatures individuelles étant exclues.

Rabobank – Envision

Le processus mis en place est typique d'un challenge d'innovation. Dans un premier temps, les postulants remplissent un simple formulaire de motivation en ligne, décrivant notamment les qualités de leur coalition (parmi lesquelles les combinaisons de talents hétérogènes, les compositions internationales, la perspective « différente », la capacité à concrétiser les idées… sont quelques-uns des critères privilégiés), ainsi que l'approche avec laquelle ils envisagent de répondre à la demande de Rabobank.

Très rapidement, 5 équipes seront sélectionnées pour entamer la deuxième phase (à partir de ce moment, des indemnisations sont prévues pour les participants). Celle-ci consistera à répondre à un brief dont la réponse devra être présentée à un jury constitué de représentants de la banque et de membres externes. Deux finalistes seront alors retenus pour une analyse approfondie des concepts qu'ils proposent. Enfin, la coalition gagnante contribuera au lancement de la nouvelle campagne de Rabobank et sera en outre référencée comme partenaire pour des opérations ultérieures.

La démarche de la banque est, fondamentalement, un acte de défiance vis-à-vis des grandes agences de communication, qui vont ainsi (si tout se passe comme prévu) se trouver mises en concurrence avec des structures qui n'ont jamais accès à leurs marchés. L'ambition sous-jacente est de de ré-ouvrir l'entreprise sur des acteurs alternatifs, quitte à s'écarter des modèles de collaborations standardisés. Le mouvement est déjà avancé sur les cœurs de métier, avec la FinTech, il ne demande qu'à s'étendre à d'autres pans d'activité (y compris le conseil qui me concerne plus directement…).

vendredi 7 avril 2017

Root, la banque des développeurs

Root
Tandis que les banques du monde entier s'accoutument petit à petit (parfois sous la pression de la réglementation, comme en Europe) à l'idée d'ouvrir leurs systèmes via des API, elles ne facilitent pas toujours la vie à leurs utilisateurs potentiels. En Afrique du Sud, les développeurs auront bientôt une option adaptée à leurs besoins.

Conçue par OfferZen, une place de marché de l'emploi à destination des professionnels de l'informatique, et motorisée par Standard Bank, Root est une véritable offre bancaire – comportant un compte courant et une carte de crédit – qui permet à tous ses clients de créer leurs propres applications financières. Première originalité, elle ne se contente pas de fournir des API, puisqu'elle intègre une plate-forme complète, avec environnement de développement (en JavaScript) et hébergement sécurisé des logiciels réalisés.

Derrière le produit bancaire simplifié se cache en réalité une solution technique de pointe. En effet, les clients auront accès à des fonctions inédites de contrôle et de suivi en temps réel des dépenses effectuées avec leur carte de crédit, auxquelles s'ajoutent, apparemment, des capacités de création et d'administration de cartes virtuelles. Par ailleurs, bien qu'intégrée, la plate-forme se veut ouverte et laisse donc la possibilité de combiner des traitements sur les transactions avec des services externes.

Quelques exemples de solutions réalisées pendant la période de test privé de Root laissent entrevoir la richesse de la proposition. Imaginez de donner une carte à votre enfant, sur laquelle vous lui allouez 500 rands d'argent de poche par mois, transférés automatiquement, que vous complétez d'une autorisation de dépense illimitée, exclusivement réservée à des trajets Uber, pour des cas d'urgence. Autre idée envisagée, la mise en œuvre d'un régime diététique bloquant automatiquement les paiements en cas d'achats trop fréquents dans des établissements de restauration rapide…

Accueil Root

Naturellement, les applications développées et déployées sur Root sont immédiatement opérationnelles sur le compte de leur concepteur, ce qui constituera un atout essentiel du dispositif pour les passionnés de programmation. Elles pourront aussi être partagées facilement avec les autres clients de la plate-forme. Plus intéressant (même si la présentation manque de détails), le partenariat avec Standard Bank inclut la faculté pour ceux qui souhaiteraient distribuer leurs réalisations de bénéficier pour ce faire d'un support ad hoc de la banque, en cohérence avec la stratégie d'API de cette dernière.

En synthèse, la démarche de Root – dont le lancement officiel devrait intervenir d'ici au mois de juin – représente un formidable vecteur de démocratisation de la FinTech auprès des développeurs sud-africains, soulignant indirectement la vision de la banque qui en fournit le socle, loin du cliché habituel des API vues comme une menace pour l'ordre établi. Les institutions financières qui, ici, rechignent encore à se conformer à la directive DSP2 (et n'imaginent pas de faire plus que leur obligation) pourraient en prendre de la graine et embrasser les immenses opportunités qui leur tendent les bras…

Information repérée grâce à P. Mullot (merci !)

jeudi 6 avril 2017

La comparaison d'assurances a son chatbot

Insurify
La mode des « chatbots » s'emparant progressivement de tous les métiers, il était logique qu'elle s'invite aussi dans le secteur de l'assurance : le comparateur en ligne américain Insurify présente donc un des premiers agents virtuels sur Facebook Messenger… qui, outre son interface conversationnelle, possède plus d'un tour dans son sac.

Présenté comme le moyen le plus rapide (en 2 minutes ?) d'obtenir des devis d'assurance automobile de la part de plusieurs dizaines de compagnies, l'automate permet au consommateur de répondre au traditionnel questionnaire de qualification sous la forme d'un dialogue, au cours duquel il peut en permanence bénéficier d'une assistance contextuelle. Une fois acquises les informations personnelles et les données de la voiture (par une photographie de la plaque d'immatriculation, en option), il délivre une liste de solutions disponibles et suggère une recommandation personnalisée.

Mais son rôle ne s'arrête pas là. Si l'utilisateur le souhaite, l'agent virtuel va ensuite lui proposer de contacter immédiatement un représentant de la compagnie qu'il aura sélectionnée – à moins qu'il ne préfère être rappelé, auquel cas il peut fixer un rendez-vous – afin de finaliser sa souscription. Ultérieurement, le robot peut encore être programmé pour émettre une alerte quand une meilleure offre devient disponible ou pour relancer spontanément une comparaison intégrale à intervalles réguliers.

Agent d'assurance virtuel Insurify

À terme, la vision des fondateurs d'Insurify est, grâce à ses capacités d'apprentissage automatique, de doter son agent virtuel d'une intelligence artificielle suffisamment avancée pour qu'il soit en mesure de passer les examens de certification. En continuant, en parallèle, à intégrer les catalogues de compagnies supplémentaires, la startup veut de la sorte développer le moyen le plus simple, le plus efficace et le plus économique de choisir un produit d'assurance. Une telle perspective peut paraître lointaine aujourd'hui, elle ne devrait pas moins inquiéter les professionnels en activité !

En attendant, l'initiative représente surtout une expérimentation car nul ne sait dire, pour l'instant, si les consommateurs sont réellement prêts à rechercher leur prochain assureur via Facebook Messenger (quoique la popularité des comparateurs en ligne laisse supposer que l'hypothèse a un certain potentiel). En tout état de cause, les statistiques sur le temps passé sur les réseaux sociaux et plates-formes de messagerie instantané, notamment par les jeunes, continuent à susciter l'intérêt de toutes sortes d'acteurs et à stimuler la mise en œuvre de « chatbots » plus ou moins utiles et pertinents.

mercredi 5 avril 2017

Le compte sans banque rentre dans le rang

Compte Nickel
Bon, il faut bien admettre que le fameux « compte sans banque » n'était qu'un slogan, qui devait faire sourire le Crédit Mutuel Arkéa, dépositaire depuis toujours des fonds des clients du Compte Nickel. Toujours est-il que le rachat de ce dernier par BNP Paribas est une surprise. À défaut d'explications, voici les commentaires que l'annonce m'inspire.

En premier lieu, les réactions publiques se répartissent en deux catégories. D'un côté, les félicitations aux fondateurs (pour l'opération financière, qui s'élèverait à 200 millions selon Le Monde, ou pour la stratégie industrielle ? Impossible de le savoir). De l'autre, des clients ou des sympathisants (dont je ne me hasarderai pas à estimer s'ils sont représentatifs d'une quelconque majorité) qui se sentent trahis par l'établissement et sa promesse d'une offre à l'écart du système. Le message était jusqu'alors porté suffisamment haut pour que son reniement manifeste soit maintenant souligné.

Deuxième point, l'acquisition intervient à un moment étonnant, les fondateurs de Compte Nickel ayant déclaré récemment que leur modèle économique atteindrait l'équilibre dans les prochains mois. Si le plan se déroule si bien et que l'ambition est d'accélérer le développement du Compte Nickel, pourquoi ne pas avoir continué à rechercher des investisseurs ? Bien sûr, le président de la startup explique que cela requiert beaucoup d'énergie, mais l'indépendance n'en valait-elle pas la peine ?

Je ne peux m'empêcher de voir là une des caractéristiques de l'entrepreneuriat français, qui conduit nombre de fondateurs et/ou d'investisseurs, même parmi ceux qui affirment vouloir changer le monde, à préférer une belle cession (relativement) rapide à la longue et difficile route vers la construction d'un modèle alternatif. Construire une néo-banque rentable prend au moins 10 à 15 ans : si ceux qui tentent l'aventure n'ont pas l'endurance nécessaire, nous ne verrons pas de sitôt une licorne FinTech dans l'hexagone.

Découvrez le Compte sans Banque

Troisième élément à prendre en considération, la conjoncture ne semble pas favorable à Compte Nickel. Alors que l'équilibre économique du compte courant est déjà très précaire, encore plus dans un établissement de paiement que dans une banque, une vague de nouveaux entrants – Orange Bank, Carrefour C-zam, La Poste… – vient accroître la pression concurrentielle. Or, dans cette compétition, il n'était pas évident pour la startup de diversifier seule sa palette de services (par exemple vers l'épargne et le crédit).

Voilà qui donnerait un argument en faveur de la vente à un grand groupe bancaire, quitte à abandonner un peu de l'idéalisme initial. Cependant, cette hypothèse se heurte à une autre question : si BNP Paribas peut renforcer l'offre, il restera à vérifier que l'extension du catalogue de produits est compatible avec le modèle de distribution du Compte Nickel, dans les bureaux de tabac. Et, dans l'affirmative, le risque est grand de reproduire de la sorte les difficultés auxquelles est confronté aujourd'hui le réseau d'agences.

Enfin, la logique qui conduit BNP Paribas à s'engager dans l'opération soulève également des interrogations. Officiellement, il est justement question de son intérêt pour l'accès à ce réseau de distribution parallèle, mais jusqu'à quel point constitue-t-il un atout ? Où sont les synergies possibles ? Le Compte Nickel aurait-il donc vocation à remplacer ou absorber, à terme, Hello Bank! ? Comment l'institution va-t-elle s'accommoder d'un positionnement anti-banque qui devrait rester en vigueur après le rachat ?

En résumé, il existe une probabilité que l'odyssée du Compte Nickel s'achève dans quelques mois ou années, dissoute dans BNP Paribas. L'avenir nous le dira. En revanche, il faut dorénavant rechercher ailleurs une néo-banque française capable de reprendre le flambeau de la disruption. Car l'épisode confirme que nous sommes actuellement dans le deuxième âge de la FinTech, celui des jeunes pousses qui peinent à rester indépendantes. La troisième génération d'entrepreneurs, qui sera à l'origine de la véritable transformation (destructrice) du secteur financier, reste à venir…

mardi 4 avril 2017

Toujours plus près de l'Amazon Bank

Amazon
Au premier coup d'œil, le lancement, cette semaine, d'Amazon Cash aux États-Unis paraît plutôt anecdotique. À moins de l'interpréter comme un pas supplémentaire du géant du web vers la création d'une alternative sérieuse aux offres bancaires traditionnelles, à destination, en particulier, des populations écartées du système financier.

Sans grand originalité, le principe du nouveau dispositif consiste à permettre aux clients qui ne peuvent ou ne souhaitent pas régler leurs achats par carte d'alimenter un compte en ligne par dépôt d'espèces (de 15 à 500 dollars) dans une des boutiques partenaires. L'opération est entièrement gratuite et les fonds sont immédiatement disponibles, pour régler tous les achats réalisés sur la plate-forme d'Amazon. Le solde peut en outre être consulté à tout moment sur le site ou sur les apps mobiles du distributeur.

La mise en œuvre est particulièrement soignée et ne laisse rien au hasard en matière de simplicité de l'expérience utilisateur. L'identification du compte du client est simplement effectuée par un QR Code, à présenter au caissier au moment de déposer l'argent. Afin de rendre son accès universel, il peut être imprimé ou transmis par SMS à un téléphone basique. Et quand il est généré par l'application mobile du marchand, il est possible de l'intégrer au Wallet d'Apple ou à l'écran d'accueil d'Android pour plus de rapidité.

En arrière-plan, on ne trouve rien d'extraordinaire non plus : Amazon Cash s'appuie sur l'infrastructure de bons cadeaux de la marque, qui existe depuis longtemps et autorise déjà le rechargement par carte de paiement. C'est donc le même compte, soumis aux mêmes règles de fonctionnement, qui est maintenant également alimenté par les dépôts en espèces. Comme je l'expliquais en introduction, il n'y a vraiment pas de révolution, techniquement parlant, derrière tout cela. Mais la stratégie est, en réalité, brillante.

Amazon Cash

En pratique, grâce à un changement de nom et une nouvelle option de provisionnement, Amazon vient de créer un véritable compte pré-payé, instantanément accessible à la quasi-totalité des consommateurs américains, dont les 27% qui ne disposent pas de moyens de paiement classiques. Si l'enjeu est, pour le e-commerçant, de capter de la sorte une clientèle additionnelle pour sa place de marché, il constitue aussi un cheval de Troie potentiel dans la (re-)conquête par les banques des personnes hors-système.

En effet, Amazon Cash propose un moyen pratique et économique de réduire les effets de l'exclusion financière (s'ajoutant à une liste qui s'allonge régulièrement), qui limite l'intérêt que peuvent avoir les consommateurs concernés à revenir dans les circuits bancaires habituels, dont ils ont par ailleurs tendance à se défier (notamment parmi les jeunes générations). Dans un sens, Amazon stimule ainsi une concurrence indirecte avec les institutions financières, susceptible de peser sur ces dernières à long terme si le mouvement de désaffection actuel devait perdurer.

Enfin, il devient de plus en plus apparent qu'il ne manque maintenant plus grand chose pour transformer Amazon Cash en une véritable Amazon Bank

lundi 3 avril 2017

Donc personne ne veut du paiement mobile ?

NFC
Si les banques multiplient les solutions de paiement par mobile à destination de leurs clients, ces derniers ne semblent toujours pas particulièrement enclins à changer leurs habitudes. Et, maintenant, selon un article des Échos, ce sont les commerçants qui exprimeraient leurs réticences. À croire que personne ne veut de cette « innovation »…

En France, la vogue du paiement sans contact sur smartphone a réellement démarré l'été dernier avec l'introduction d'Apple Pay par le groupe BPCE, suivie, au début de cette année, par le lancement de la version de proximité de Paylib, porté par un consortium de banques, qui, d'ailleurs, s'agrandit. La nouvelle offre de Carrefour Banque devrait suivre la tendance, tout comme, selon toute probabilité, la future Orange Bank, dont sa parente directe veut certainement effacer ses échecs passés (Cityzi, paix à son âme).

Face à cette déferlante et en dépit des déclarations d'auto-satisfaction des institutions financières, l'adoption par les consommateurs ne paraît pas extraordinaire, à ce stade. A priori, comme ce fut le cas avec les premiers pas d'Apple Pay aux États-Unis, après des débuts prometteurs accentués par une forte pression marketing, les utilisateurs curieux tendent à se lasser rapidement d'un outil qui ne leur apporte finalement pas d'avantage visible en comparaison de la carte plastique à laquelle ils sont habitués.

Deuxième catégorie d'acteurs de l'équation, les commerçants pourraient se révéler plus « actifs » dans leur mouvement de rejet. Car, pour eux, ces nouveaux moyens de paiement constituent une menace potentiellement sérieuse : la perte de l'exclusivité de la relation qu'ils entretiennent avec leurs clients. En effet, à l'ère de la donnée, les porte-monnaie virtuels devenus capables de gérer les transactions et leur contexte procurent une connaissance intime des utilisateurs dont la possession est un enjeu de survie.

Le risque n'est pas uniquement théorique. Pour ne prendre qu'un exemple (hypothétique, à ce jour), la mise en œuvre d'un programme de fidélité par Paylib représenterait un dangereux concurrent pour ceux des marques, en offrant une personnalisation, une pertinence et une efficacité décuplées grâce aux précieuses données disponibles sur l'ensemble de l'activité du consommateur. Et ne parlons pas des opportunités de commercialiser les informations capturées de la sorte, y compris aux marchands.

Il faut noter au passage que, ironiquement, en excluant le cas spécifique de Paylib qui leur appartient, les banques sont confrontées aux mêmes craintes, ce qui explique pourquoi beaucoup d'entre elles font preuve d'un enthousiasme modéré vis-à-vis des solutions d'Apple, Google, Samsung et consorts, qui sont tous à la poursuite de données à exploiter. En l'état actuel du marché, leur position est donc ambiguë, puisqu'elles ne promeuvent que partiellement le paiement via mobile, quand elles y ont intérêt.

Dans une telle situation, faut-il s'étonner que la généralisation massive du paiement sans contact sur smartphonepour la x-ième année consécutive : « 2017 sera l'année du m-paiement ! »soulève encore des doutes ? Tant que l'ensemble des participants à l'écosystème (complexe) n'y trouveront pas leur compte, rien ne pourra véritablement changer. En attendant, les commerçants menacent de saboter les déploiements et, ainsi, de faire prendre du retard, une fois de plus, au rêve de la révolution mobile.

Paiement sans contact Paylib